Lettre ouverte : Témoignage d’une hypersensible

Salut toi qui me lis !

Je m’appelle Nell, j’ai 20 ans. Et je souhaiterais partager avec toi mon quotidien d’hypersensible, que tu le sois toi même, ou que ce soit l’un de tes proches.

J’utilise le terme hypersensible parce que c’est plus simple pour tout le monde de me définir de cette manière. Mais dans la réalité, c’est un poil plus complexe. Alors pour t’expliquer..

 

Petit rappel de sciences humaines

Quand un être humain viens au monde, il ne naît pas « tout beau tout neuf ». Tout beau peut être (et encore, vous avez déjà vu un bébé qui viens de naître?), mais tout neuf, bof. Je m’explique.

Une partie de qui l’on est nous viens directement du patrimoine génétique de papa-maman. Ce patrimoine va contenir les prédispositions du bébé à être plus ou moins sensible (au stress, à l’environnement, à la vie, tout court).

Je ne rentre pas dans les détails, mais moi dans ma famille, de haut en bas de l’arbre, on trouve des personnes stressées. Autant vous dire que j’allais sûrement pas être épargnée.

MAIS. Ce n’est pas une fatalité, et surtout, ce n’est pas la part la plus importante. La part la plus importante, c’est le second bagage que vont nous donner nos parents : l’acquis.

Autrement dit l’éducation, la culture, le pays ou l’on naît, l’environnement, et j’en passe. Et cette part la, elle est centrale. C’est cette part qui fait que nous somme ce que nous sommes aujourd’hui.

Encore une fois, je ne rentre pas dans les détails, mais au menu de mon éducation et de mon environnement, le stress a fait parti des conviés.

Enfin, troisième et dernier élément qui rentre en ligne de compte : l’histoire personnelle. Est ce qu’on a eu une vie facile ou pas ? Les événements de notre vie ont-ils été susceptibles d’être des événements graves et déstabilisant ? (En sachant qu’en tant qu’hypersensible, la perte de Robert le Hamster quand on avait 6 ans peut être, oui, j’ose le dire, dramatique.)

Pour ce qui est de mon histoire personnelle, je n’ai pas eu de problèmes majeurs durant toute ma vie. La seule chose notable, c’est la perte de mon père il y a bientôt 7 ans de cela. A l’époque, j’ai largement sous estimé l’impact que ça aurait sur moi. Mais avec le recul, je me rends compte que j’ai beaucoup changé à partir de cette époque. La vie ayant continué son court, d’autres événements (style une rupture amoureuse vécue comme un cataclysme) ont largement contribué à l’émergence totale de ma personnalité hypersensible.

Moi, essayant de survivre aux intempéries de mon existence

Assez de blabla sur moi, je ne suis pas la pour m’apitoyer, bien au contraire !

Donc on l’aura compris, je suis hypersensible parce que je suis anxieuse dans l’âme. (On pourrait presque croire que je suis une artiste comme ça!)

Je dramatise le moindre petit problème, j’anticipe et analyse tout, de manière à prévoir une issue de secours au cas ou ça tourne mal. J’aimerais (inconsciemment hein) tout contrôler. Parce que si on contrôle tout, alors on réduit considérablement les risques de souffrir. Sauf que la vraie vie, c’est pas comme ça. Su ce thème, je vous conseille le fabuleux article de Jack Parker, une madmoizelle qui témoigne : « Comment savoir si je suis control freak? »

Et avec ça, cerise sur le gâteau, pompon sur la Garonne, je suis éméthophobe (peur du vomi). De la même manière, je vous conseille l’article de la même auteure : « Eméthophobie, mon amour »

Chouette programme !

 

Hahaha ! No.

Mais qu’importe ! La vie étant une chienne, préparez vous pour la suite, parce que c’est pas fini. Alors a ce stade, on est en droit de se demander « mais ça peut pas être pire ! » Bonne nouvelle (ou pas hein) : ça peut toujours être pire.

Quand je disais que dans la réalité c’était un poil plus complexe.. Parce que si il ne s’agissait que de l’anxiété, ce serait presque facile. Mais la nature et mon éducation m’ont gâté d’un possible trouble de l’humeur de la famille des maladies… bipolaires !

Et je dis bien possible car mon problème majeur reste bien le tempérament anxieux, et aussi parce que nous (les psys, mon entourage et moi) ne sommes pas encore certains du caractère définitif du trouble. Il s’agit peut être plutôt d’un tempérament instable (on dit cyclothymique), plutôt que d’un vrai trouble biologique.

Cela étant dit : J’ai des signes qui ne trompent pas. Comme l’hypersensibilité donc (qui n’est pas que le propre de l’anxiété), la présence d’au moins un épisode dépressif dans ma vie, les changements bruts d’humeur, et l’accélération de la pensée en « phase haute », très caractéristique des troubles de l’humeur de la grande famille « bipolaire ».

Et deuxième cerise sur le gâteau, les troubles de l’humeur sont connus pour « mélanger » les émotions. Les médecins appellent cela des états mixtes. C’est à dire qu’on peut par exemple avoir un fou rire et l’envie de pleurer comme une madeleine par la suite. On peut être complètement exténué et d’un coup se sentir d’attaque à danser jusqu’ 4h du matin.

Mais c’est aussi très dangereux en phase basse (la dépression). En effet la douleur morale intense ressentie pendant la dépression peut mener à des idées et/ou à des actes suicidaires. Mais dans le cadre d’un trouble bipolaire, un état mixte donnerai des idées/actes suicidaires, qui serait alors littéralement propulsés par l’accélération de la pensée. Le pourcentage de suicide est donc plus élevé dans les épisodes dépressifs lié à un trouble bipolaire, ce qui n’est donc pas à prendre à la légère !

Je rappelle que je parle ici de mon cas personnel, et donc d’un tempérament instable, et non pas d’un réel trouble avéré, mais le fonctionnement est le même. Un état mixte reste un état dangereux. Si toi même te retrouve dans mes propos ou si tu y reconnais un proche : reste vigilant.e.s! Et surtout n’hésite pas à te rapprocher d’un professionnel de la santé si tu sens que seul.e, c’est trop dur.

 

Je souffre trop : que faire ?

La première étape : reconnaître que l’on a besoin d’aide, et accepter qui l’on es. Quel que soit le trouble que nous vivons : Non, ce n’est pas une fatalité, et oui il existe des solutions (efficaces!) pour s’en sortir !

Ensuite, quelques pistes pour se sentir mieux :

  • Les thérapies J’insiste lourdement sur le fait qu’un passage chez un professionnel de la santé ne fait de mal à personne. Au moins pour évaluer votre degré de souffrance et savoir si oui ou non vous pouvez en sortir seul.

    D’un point de vue personnel, préférez consulter un psychiatre, ou un spécialiste des TCC (thérapies cognitivo-comportementale). Ces professionnels de la santé psychique ont reçu une formation médicale en plus de l’aspect psychologique. Car l’un ne vas pas sans l’autre, un trouble « dans la tête », ce n’est pas « juste une question de volonté » ! L’esprit et le corps sont en communication étroite, et il faut le comprendre !

Il existe donc plusieurs sortes de thérapies. De nos jours, on trouve de tout. Toujours d’un point de vue personnel, et dans le cadre des troubles de l’humeur et des émotions dont nous avons précédemment parler, les TCC sont en tête de liste.

Une partie psychanalytique peut aussi être intéressante pour comprendre le point de départ du trouble et ainsi repérer où est ce que l’on a appris un mauvais fonctionnement. Mais pas trop. Rien ne sert de remuer le passé quand il a déjà été compris et accepté.

Enfin, rien que le fait de parler peut également faire un bien fou. Simplement pour vider son sac, reprendre un peu de courage, se rassurer.

Et dernière information mais pas des moindres : trouve un thérapeute qui te conviens ! Avec qui tu es en confiance, et surtout un thérapeute qui t’explique ta maladie ou trouble, pourquoi et comment tu dois prendre ton traitement, comment il fonctionne.. en bref, quelqu’un qui te prends pas pour un lapin de 6 semaine, ou un lapin de labo ! (au choix)

« Lapin? »
  • La médication

Parlant de labo… La médication est un vaste sujet. Sujet à polémique ! La médication a fortement été diabolisée ces dernières années. Pour faire dans le cliché, parlez d’antidépresseurs à quelqu’un qui n’y connais rien en psycho-biologie, et il vous répondra assurément « Naaaan mais c’est de la vraie merde, ça rend dépendant, ça fait de l’argent aux labo pharmaceutiques, j’suis pas un mouton ».

Alors moi quand j’entends ça, je m’insurge de l’ignorance de la population au sujet des médicaments. Si il est vrai que les troubles de l’humeur ont tendances à être surdiagnostiqués et/ou traité en expéditif à coup de Xanax ou de Prozac, il est absolument faux de penser que les médicaments sont inefficaces, ou sont la pour nous rendre addicts. Il en es des médicaments comme de beaucoup de chose : c’est question de dosage ! Et je reste intimement convaincue que dans certains cas, un traitement adapté sauve des vies.

  • Des lectures

Des lectures pour comprendre et accompagner : (toujours dans les thèmes abordés ci dessus) :

– « Guérir », de David Servan Schreber

– « Le voyage d’Hector », de François Lelord

– « Je dépasse mes peurs et mes angoisses », de Christophe André et Muzo

– « Goupil ou Face », de Lou lubie

Ou bien des lectures pour se divertir et se changer les idées, et la, c’est chacun ses goûts !

  • Hygiène de vie

Je découpe cette partie en 4 axes : Sommeil, alimentation, activité physique et toxines.

L’important, c’est de respecter son rythme propre, car nous n’avons pas tous les mêmes besoins en sommeil, pas tous la même facilité à arrêter le tabac ou les sucreries, pas tous la même capacité à recommencer du sport rapidement après longtemps sans activité.

Mais il faut savoir que meilleure est notre hygiène de vie, plus il est simple de gérer un trouble de l’humeur. Et pour ça, je te laisse trouver chaussure à ton pied, notre ère moderne regorgeant bien assez d’informations et de conseils sur l’hygiène de vie. Si, je te donne juste quelques directions qui me semblent judicieuses :

  • Evites les excès d’alcool et de tabac (et pose ce rail de coke!)
  • Pour l’alimentation et le sport, ne soit pas trop dur.e avec toi même. Ne commence pas trop grand (du genre : « à partir de demain ,je ne grignoterai plus jamais de ma vie ! » soyons réalistes : c’est impossible… 😉 )
  • Toujours pour l’alimentation, ne soit pas trop extrême. Chacun est libre de ces convictions. Mais je tenais juste à dire que pour l’alimentation, notre corps à besoin d’un apport équilibré, et n’importe quel médecin compétent ne t’empêchera pas d’être végétarien ou même vegan, mais te dira que le corps humain est fait pour manger de tout.. pas pour rien qu’on nous appelle les omnivores.
  • Reste critique envers ce que l’internet a à te proposer, et garde un rapport bienveillant envers toi même 🙂
  • Relaxation

La aussi, c’est chacun ses méthodes ! Qu’on passe par de la relaxation pure et dure, type sophrologie, yoga, méditation, asmr… ou alors qu’on ai des passions, des projets, un travail qui nous tiens a cœur, les amis, la famille… Tout ce qui est positif et nous permet de nous détendre est plus que bienvenu dans ces moments la de la vie (et même après!), et il est important de savoir les savourer et ne jamais les perdre de vue.

Ou j’en suis aujourd’hui ?

J’ai eu des moments ou je me suis sentie très seule, très incomprise, et j’étais persuadée que personne ne pourrait me guérir. Je niais ma dépression, je pensais avoir une maladie style mononucléose, problème de thyroïde, etc. Après moult allers et retours chez le médecin, après maintes prises de sang, j’ai du me rendre à l’évidence : c’était ma dépression qui me rendait malade.

J’ai eu des moments ou j’ai perdu ma relativité à cause de la peur, et j’ai fait des choix que je n’aurais pas du prendre, ou pas de cette manière. J’ai déçu, blessé et perdu des personnes qui m’était chères.

A l’image de la peur, mon tempérament instable a propulsé mes décisions, qu’elles soit bonnes ou mauvaises, j’ai pris des décisions sur des coups de têtes, que j’ai regretté par la suite.

Et on est bien d’accord, tout cela n’excuse pas tout. Les choix sont toujours partis de ma personne, je ne suis pas non plus contrôlée toute entière par des entités maléfiques.

J’suis pas possédée t’as vu.

Mais les proportions qu’on prit certains événements s’expliquent et se comprennent par les troubles que j’ai expliqué tout au long de cet article. C’est en cela que je peux me pardonner mes erreurs et me dire que malgré moi, oui, j’ai fais ce que je pouvais et ce qui me semblait juste au moment de mes décisions.

Actuellement, je traverse la pire période d’angoisse de ma vie. Mais c’est grave à cette période que l’on découvert enfin qui je suis au fond et pourquoi c’est si important de me prendre en charge. Je suis bien entourée, je suis suivie psychologiquement, et je vais bientôt prendre un régulateur de l’humeur. Je reviendrais volontiers vous faire part de mon expérience d’ici quelques mois, quand tout ce sera un peu apaisé !

 

Je conclurait par deux messages

L’un, a ceux qui jugent, ne veulent pas comprendre ou pense que « c’est qu’une question de volonté » :

Tout ce qu’il vous faut comprendre, c’est qu’on ne choisis pas ce qu’on ressens, mais qu’on choisi ce qu’on fait. Et tout les choix que l’on a fait, comme je l’ai dit plus au, on les a fait de notre mieux, parce qu’on pensait que c’était les bons au moment où on les a fait. Personne ne doit rien à personne, et il n’y a aucun compte à rendre, encore moins dans une situation psychologique fragile.

Je vais parler dans mon cas, mais dire à quelqu’un d’émotionnellement instable, d’anxieux et obsessionnel, qui se débat déjà corps et âme pour se tirer de ce pétrin, « tu n’essayes pas assez bien, c’est dans ta tête, t’es pas assez positive », ça à l’impact d’une bombe nucléaire sur son moral, suivit de remises en questions, de doutes sur sa réussite et ses capacités à faire confiance à sa propre personne. C’est la même manière que la critique mal formulée ou le jugement gratuit. Et l’un et l’autre sont à proscrire.

Atteint ou pas d’un trouble de l’humeur, la bienveillance, le soutient moral et l’écoute active d’autrui devrait être des règles d’or dans ce monde de fou. A bon entendeur.

L’autre, à ceux qui traversent une période similaire. Et même si c’est pas une période similaire mais que c’est dur quand même, ce message est pour toi :

En me lisant, tu vas peut être avoir l’impression d’être atteint de tout les symptômes. Saches que quelqu’un d’hypersensible n’est pas forcément quelqu’un de malade. Quelqu’un d’anxieux n’est pas forcément quelqu’un qui souffre.

C’est la, justement, qu’est la différence : poses toi la question : est ce que tu souffres trop de ce que tu es ? Si la réponse est oui, alors prends toi en main et ose parler de tes soucis. Et surtout si c’est quelque chose qui te fais du mal depuis des années, ou qui a pris des proportions trop importante : N’hésites pas à te faire aider professionnellement ! Il n’y a aucune honte à cela, et bien au contraire, c’est une grande preuve de sagesse que de savoir faire tomber la garde pour accepter l’aide qu’on nous donne.

Qui que tu sois peu importe ce que tu vis : tu n’es pas seul.e.

Ne lâche rien, continues d’y croire, aussi dur que ce soit. Raccroche toi aux petites étincelles de la vie, comme une journée de soleil, le rire d’un enfant, un câlin avec ton chat, ou que sais je ! N’oublie jamais que celui qui veut peut, et y arrive. Personne n’as dit que ce serait facile, et tu as le droit de craquer, le droit de pleurer, le droit d’avoir peur ou de crier. Mais jamais tu ne dois abandonner. Moi je suis fermement convaincue que l’on peux y arriver, et tirer le meilleur de nous même, aussi déjantés soit-on !

« Les batailles ne sont pas gagnées par les plus forts, ni par les plus rapides. Mais par ceux qui n’abandonnent jamais. »

Et si vous ne croyez plus en vous au moment de cette lecture, alors sachez que moi, de l’autre côté de l’écran, je crois en vous ♥

« Être soi ce n’est pas s’étudier, c’est s’oublier » – Fabrice Midal

2 commentaires sur “Lettre ouverte : Témoignage d’une hypersensible

  1. Merci pour ton message ainsi que d’avoir pris le temps d’écrire des choses sur ton intimité, ta souffrance. C’est très clair et bien écrit avec de bon conseils venus de ta propre expérience. Ton hypersensibilité que tu décrit n’a d’égale que ton intelligence dont force est de constater que tu es bien au-dessus de la moyenne des jeunes de ton âge trop souvent ignorants d’eux-mêmes, de leurs propres attitudes. C’est une chance pour toi! La vraie vie n’est pas un long fleuve tranquille. Tu récolteras les fruits de ton expérience tout au long de ton chemin et reviendra avec satisfaction sur les arbres des graines que tu plante. Bien à toi.

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