Journal de bord #8 Lèves toi, soldat

Bonjour bonjour, je viens te raconter mes petites nouvelles.

Tout d’abord, j’ai eu rendez-vous à Grenoble, au centre de la bipolarité du CHU, pour une expertise de mon état mental. Après m’être pas mal renseignée sur le sujet de la bipo, je n’étais pas vraiment convaincue.. J’étais sûre à 90% que je n’étais pas bipo. 

A la fin de l’entretien, le médecin confirma mon hypothèse. Je ne suis pas bipo, mais il y a des éléments qui peuvent aller en faveur d’une possible bipolarité existante. Donc voilà. Peut être qu’un jour je déclarerai une phase maniaque et alors la, oui, je serais bipo (youpi au moins j’aurais de la libido en phase haute, lol!). Mais pour le moment, le problème n’est pas là.

Il a tout de même parler de « dépression atypique », dans le sens ou je n’ai pas de tristesse ni de ralentissement psychomoteur, mais que j’ai quand même une atteinte des fonctions instinctuelles (libido, sommeil, appétit). D’accord monsieur.

Les recommandation de ce cher docteur étaient soit d’augmenter Effexor, soit de mettre en place un thymorégulateur. Alors de une, si je suis pas bipo, je vois pas pourquoi j’aurais besoin d’un thymo, et de deux, avec ou sans Effexor, je me sens exactement pareil. C’est à dire que ma motivation et ma libido (les choses que je veux retrouver on est bien d’accord les gars?) sont au même point! Et en plus, depuis son induction, j’ai eu le retour du sommeil coupé, de l’appétit coupé, de la langue pâteuse, et des perceptions du réel vraiment très étrange (trop dur à décrire.. mais c’est pas de la dépersonnalisation).

Donc la, la phase qui s’impose, c’est le sevrage d’Effexor, et une fenêtre thérapeutique pour voir comment ça se passe sans.

Depuis une bonne semaine je crois que je dors un peu mieux, je n’ai presque plus la langue pâteuse et il semble que j’ai de l’appétit (même si je mange.. mal), c’est toujours ça. Je suis en stage pendant encore 3 semaines, en maraîchage bio, c’est physique.. et je suis facilement fatiguée, tant physiquement que mentalement. Le réveil est toujours un moment difficile..

J’ai toujours ses sensations de faiblesse/lourdeur dans les jambes, parfois un peu dans les bras. Et évidemment, toujours pas de libido normale.

En fait, en plus des symptômes physiques, il y a vraiment une perte d’intensité de la sphère affective et émotionnelle (motivation, intérêt, plaisir, empathie, etc..). Et j’aimerais savoir si mes manifestations physiques sont reliées à mes manifestations mentales.

C’est vraiment chaud d’être dans une situation pareille.. Il n’y a pas de douleurs, juste des signes anormaux qui se manifestent, qui vont et viennent, tant physiques que mentaux. On est dans le doute permanent, personnellement j’en viens à me demander si je ne suis pas folle parfois. Je me demande « mais est ce que c’est dans ma tête? Est-ce que c’est ma faute? Est ce que c’est moi qui me suis provoqué tout ça? ». Et un truc me fait vraiment flipper, c’est de penser que tout ce qui m’arrive n’est que le résultat d’un « traumatisme » (ici ce serait la rupture) ancré dans les méandres de ma psychologie, un truc à la Freud, super compliqué, ou il faudrait analyser je ne sais quelle parcelle de mes souvenirs pour comprendre et guérir. Ca me terrifie. Parce que vraiment, plus j’avance, et moins j’ai la sensation d’avoir un problème psychologique. Enfin je veux dire j’ai toute ma tête, j’arrive parfaitement comprendre ce qui se passe, mais je suis incapable de résoudre le problème! Mais vraiment, ce n’est pas que je ne veux pas, c’est que je ne peux pas! Je ne sais pas comment faire, j’ai l’impression de n’avoir aucun contrôle la dessus!

Pourtant, je rêverais d’avoir une vie comme en ont les jeunes de mon âge. Alors j’essaye aussi, j’écoute les musiques que j’aime, je sors, je vais même en boîte de nuit, mais je sens bien qu’il y a un truc qui cloche. Je sens bien que je suis pas totalement moi même. C’est comme au début de cet état, je sens qu’il y a un truc qui va pas, mais je sais pas quoi. Et même si je fais abstraction et que j’essaye de m’amuser « normalement », ben je sens bien que ça va pas.

Et les psys me diront « oui, mais c’est parce que vous êtes sans cesse en introspection, vous vous demandez si vous avez du plaisir au lieu d’avoir du plaisir dans l’instant ». Tu m’étonne que je m’introspectionne! (notez la rime) Avant que tout parte en cacahuète, je sortais et je m’amusais sans aucun problème, j’arrivais même à avoir des relations sexuelles, en mode « YOLO j’profite de la vie ». Et à l’époque, je m’introspectionnais pas, (du verbe introspectionner, oui oui) et pourtant! Je ne parvenais pas à m’amuser « normalement »*, et du jour au lendemain j’ai plus réussi à sexer. Expliquez moi docteur, allô maman bobo (libido).

*Je met des guillemets à « normalement » à chaque fois, parce qu’après tout, qu’est ce que la normalité? Je vous le demande Micheline!

Breeeef. J’ai rendez-vous chez la gynéco le 26, je pense aussi demander un bilan pour mes hormones, juste ocazou hein. Et on va aussi prendre un rendez vous chez un neurologue avec ma maman. Parce que c’est bien un coup à ce que je couve une connerie type SFC (syndrome de fatigue chronique) ou autre fuck qui pourrait expliquer tous mes symptômes. Et si il faut, je prendrais aussi un rendez vous chez un rhumato, et chez un immunologiste, et chez un endocrinologue! Je ferais toutes les spécialités médicales si il le faut, mais j’aimerais juste que l’on cesse de me dire que je suis dépressive.

Parce qu’un dépressif il écrit pas des articles avec de l’humour dedans, il écoute pas Elvira de Naps en chantant à tue tête le refrain, il cherche pas à savoir où est passé sa libido, il sort pas en boîte, et il regarde pas McFly et Carlito en boucle (autant je dis ça, autant ça se trouve je fais une dépression carabinée mais je me voile entièrement la face et je suis dans le déni sa mère). Je ne me dis pas que la vie est moche, je ne me trouve pas nulle, et d’ailleurs, quand je dis que j’ai peur de pas y arriver, c’est pas par culpabilité ou par mésestime, c’est par incompréhension et peur de jamais comprendre. Oui, j’aimerais juste comprendre pourquoi je n’arrive pas à me motiver autant qu’avant, pourquoi je n’ai plus le même plaisir dans les mêmes activités, pourquoi, tout simplement. 

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Voilà, en tout cas, que tu fasses une dépression, que tu es une démotivation et tu sais pas pourquoi, que tu sois en errance médicale, pour une maladie physique et/ou mentale, que tu te sentes incompris.e, différent.e, saches que t’es pas tout.e seul.e. Et saches que si tu es comme ça, il y a une raison. Psy ou physique, mais il y en a une. Et même si j’ai autant de doutes et de peurs que toi, j’ai envie de te dire et de croire très fort qu’on va y arrive,r qu’on trouver, et qu’on finira par mener la vie qu’on rêve d’avoir.

Je te fais des bisous, et je vais mater mon troisième film de la journée (pour faire passer le temps et essayer de débrancher un peu la haut). ♥

PS : Je vais te donner un conseil que je devrais m’appliquer personnellement : je pense qu’il ne faut pas trop se poser de questions non plus, et ne pas trop fouiner sur internet (ce que je n’ai pas du tout respecter..!) Parce qu’à force, on imagine le pire, et on se croit vraiment bizarre.. Et c’est pas bon pour ce qu’on a!

 

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« Lèves toi, soldat, il reste encore un combat! Et tu dois gagner, oui pour la liberté! »

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