Journal de bord #3 : Il neige

Nous sommes le 11 août 2017. Et il neige dehors.

C’est comme si l’univers projetait à l’extérieur de mon corps le long Hiver que je vis à l’intérieur.

Chaque jour j’ai peur. Chaque jour je me demande quand vais-je enfin aller mieux. Et chaque jour, j’oublie que la dépression, c’est comme les illuminatis : plus ont y accorde de l’importance, plus on la voit partout.

C’est une maladie puissante, qui se nourrit d’elle même, un cercle vicieux. Elle nous fait croire que plus rien n’a de sens, que plus rien n’a de saveur, que plus rien n’est agréable, et le pire de tout : elle nous fait croire que l’on y est bloqué. C’est comme si votre propre esprit fonctionnait à l’envers, et se retournait contre vous, entraînant la défaillance de notre bon fonctionnement mental, faussant la vérité.

Sans faire d’amalgame, c’est comme une forme de folie. Quand on est au milieu du délire, tout est sombre, tout est gris, et toutes les portes sont fermées. On est emprisonné dans notre propre tête, dans notre propre cage. A l’extérieur, les éléments se déchaînent. On entend gronder l’orage et craquer la foudre. La peur, c’est la seule chose qu’on ressent. La peur de quoi, exactement? La peur est propre à chacun. Nous avons tous nos démons intérieurs.

Mais parfois, à certains moments de la journée, la tempête cesse, le vent arrête ses hurlements, la pluie ne martèle plus les carreaux. On n’entend plus que le vide. La tempête à tout détruit, il ne reste plus que les ruines, et le vide.

Alors, quelques instants de répit nous sont offert pour imaginer, rêver, et croire.

Un jour viendra où se tiendra, au milieu de ce vide et ces ruines, les fondations solides de la nouvelle vie que l’on commencera à construire. Un jour viendra où les ruines ne seront plus, et où s’érigeront vers le ciel bleu, les briques du courage et de la délivrance.

Ce jour la, cette période sombre de ma vie ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

IMG_20170811_134135_260

Ne croyez pas que je sois plus douée que vous. Si je tiens ces propos, ce n’est pas parce que je vais mieux. C’est parce que j’ai choisi de croire, et m’accrocher à ce que j’aimerais être, quand tout cela aura cessé.

Quand je vois mon avenir, c’est comme un film. C’est comme si il était fictif, irréalisable. J’ai même parfois du mal à l’imaginer, tellement je peine à croire que je puisse un jour être différente de celle que je suis aujourd’hui. Mais je veux y croire. Je veux m’y accrocher. Et j’espère au plus profond de moi qu’un jour, je retrouverais l’harmonie dont je rêve tant.

J’ai écrit un article sur l’acceptation, et c’est malgré tout sur ce point que j’ai le plus de mal. Si tu as lu mes journaux de bord précédant, tu sais que je n’arrive plus à aimer et à désirer les hommes.

Parfois, dans les moments les plus durs de la journée, je suis persuadée que je resterais à jamais sans envies, sans désirs, incapable d’aimer. Et cette idée me terrifie. Moi qui ai toujours voulu des enfants, moi qui ai déjà aimé passionnément, c’était la le sens de ma vie. Et aujourd’hui.. plus rien. Plus aucun désir, plus aucun amour.

Tout ce que j’avais entrepris par le passé, je l’avais fait dans le but de construire une famille, un foyer. Et je faisais tout avec passion : mes études, je m’intéressais de près à l’alimentation, à l’écologie, à la justice. Et je me disais qu’un jour, je transmettrai tout ce bonheur, tout ce savoir que m’avais apporté mes passions à mes enfants. Je voulais qu’on soit heureux, lui, moi, eux. Je voyais loin. Et tout cela formait un ensemble. Les briques se soutenaient harmonieusement. J’avais trouvé ma place.

Et j’ai brisé les murs de cette bâtisse la. J’ai perdu mon amour, et avec lui toutes mes envies. Ca s’est fait insidieusement, doucement. Je n’ai rien vu venir. Et à peu près en même temps que l’on m’as diagnostiqué cette mononucléose, c’est comme si tout avait lâché d’un seul coup. Du jour au lendemain, pourtant 9 mois après cette rupture, tout s’est évanoui. Ma joie de vivre, mes passions, les désirs charnels, et l’amour. Comme si tout avait disparu.

Et depuis, je lutte, et je ne parviens pas à accepter. Je n’arrive pas à accepter de n’être pas une jeune fille de 20 ans qui aime s’amuser, qui ne se pose pas de questions, qui vit. Je n’arrive pas à accepter que je n’ai plus d’amour à donner à un homme. Je n’arrive pas à retrouver ma place. Tout est fade, tout ce que j’aimais avant m’est presque devenu pénible.

Alors qu’il suffirait, pour me sentir en harmonie, de m’accepter, telle que je suis. Le monde ne tourne pas uniquement autour du couple, de la famille à fonder. Il y a l’amitié, il y a les choses que l’on aime faire, il y a les études, et que sais-je encore. Mais la peur est si forte, la peur de ne pas y arriver, de rester bloquée ainsi, et de détester à jamais celle que je suis devenue, la peur de ne pas être normale, d’être jugée, de n’aimer plus rien que la solitude, l’ennui et l’attente. La peur est si forte. 

Nous sommes le 11 août 2017. Et il neige dehors. C’est comme si l’univers projetait à l’extérieur de mon corps le long Hiver que je vis à l’intérieur.

The path

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s